Fernande, l’histoire d’un prénom

J’ai trois prénoms, une maison et aucun petit cochon ! Le 3ème, celui de ma grand-mère maternelle, est Fernande, c’est ce petit dernier que je choisis.

« Mamie » fut toujours très présente. Du haut de ses 1m50, elle usait de son grand âge pour régner dans notre maisonnée, choisir les heures de repas et même, les discussions à table (certains sujets trop polémiques étaient bannis (elle avait fait un arrêt cardiaque après une discussion houleuse sur le Proche Orient). Chaque soir, elle buvait ses 2 whisky-Perrier-glaçons et fumait 2 Players sans filtre en regardant les infos. Le chat venait se frotter, elle râlait et lui donnait un biscuit apéritif. Les jours de fête, elle mettait du rouge à lèvres et enfilait sa plus belle robe. Elle lisait tous les jours Le Monde, sa Bible, et correspondait régulièrement avec les journalistes.

D’un père, Fernand, libre penseur, anarchiste et médecin au Pays Basque, elle hérite de son prénom et son besoin d’indépendance. Aux débuts des années 1900, son père exige qu’elle ait un métier afin d’être autonome même mariée. Elle aurait aimerait être avocate, il s’y oppose, elle devient pharmacienne, profession qu’elle abandonne avec soulagement à la libération.

Elle est alors secrétaire d’une association internationale de juristes, sillonne de nombreux pays et rencontre des amis qu’elle gardera toute sa vie. Jusqu’à ses 92 ans, chaque année, elle se rend à Prague, Budapest ou Bruxelles pour les voir.

Elle se souvient avec bonheur des années folles, raconte avoir rencontré Kiki Picasso et nombreux intellectuels dans ce Paris d’entre les 2 guerres. Elle assiste du poulailler aux concerts de l’Opéra, a une vie trépidante, de femme active plutôt que mère.

Jusqu’à mes 15 ans, je suis allée chaque été dans la maison familiale à Bayonne. J’aime depuis, les grosses vagues pour plonger dessous, la lumière contrastée des montagnes plongeant dans l’océan, le fromage de brebis, les espadrilles et le chœur des hommes chantant a capella.

« Quand je pense à Fernande », pour ma part, je m’envole vers le sud et je souris.

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